Il suffit de marcher quelques minutes dans les rues de Rosemont pour comprendre que l'on se trouve dans un quartier différent. Les façades de brique alignées, les corniches décoratives, les balcons superposés et surtout les célèbres escaliers extérieurs créent un paysage urbain immédiatement reconnaissable. Plus qu'un simple type de bâtiment, le plex montréalais est devenu l'un des symboles les plus emblématiques de la ville, et Rosemont en possède certains des plus beaux exemples.

Pour comprendre l'origine de ces bâtiments, il faut remonter au début du XXe siècle. À cette époque, Rosemont est en pleine expansion. Les terres agricoles cèdent progressivement leur place à de nouvelles rues destinées à accueillir les milliers d'ouvriers qui travaillent dans les usines, les ateliers et les entreprises de l'est de Montréal. Afin de loger rapidement cette population grandissante, les entrepreneurs construisent des duplex, triplex et quadruplex à un rythme impressionnant. Plusieurs rues sont même développées presque entièrement par un même promoteur, ce qui explique l'harmonie architecturale que l'on observe encore aujourd'hui.

Le secret derrière les escaliers en colimaçon

Le plex montréalais possède une particularité qui intrigue les visiteurs du monde entier : ses escaliers extérieurs. Ces escaliers en colimaçon ou en double volée sont devenus l'une des signatures visuelles de Montréal. Leur présence n'est pas seulement esthétique. À l'origine, ils permettaient de maximiser l'espace habitable à l'intérieur des logements : en déplaçant les cages d'escalier à l'extérieur, les constructeurs offraient des appartements plus grands tout en réduisant les coûts de construction. Chaque logement bénéficiait en prime de sa propre entrée indépendante, un luxe rare à l'époque.

L'anecdote est savoureuse : pourquoi mettre des escaliers dehors dans une ville où il neige six mois par année? Au début du XXe siècle, un règlement municipal interdisait de bâtir de grands blocs d'appartements collés au trottoir, sans espace vert devant. Pour contourner la loi, économiser sur le chauffage des espaces communs et rentabiliser chaque centimètre carré de terrain, les entrepreneurs ont sorti les escaliers à l'extérieur. C'est ainsi qu'un casse-tête de déneigement est devenu une icône culturelle de Montréal.

« Combien de conversations entre voisins ont commencé sur un perron ou un balcon de Rosemont? »

Avec le temps, ces escaliers sont devenus bien plus qu'un élément fonctionnel. Ils participent à l'ambiance de quartier en créant une transition entre l'espace privé et la rue. Ces espaces semi-publics ont contribué à tisser le tissu social qui caractérise encore aujourd'hui plusieurs rues du quartier.

Des façades qui racontent une histoire

En observant attentivement les bâtiments, on remarque souvent des détails qui passent inaperçus au premier regard. Dans les années 1920 et 1930, de nombreux constructeurs rivalisaient d'imagination pour donner du caractère à leurs immeubles, tout en utilisant des matériaux relativement modestes.

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Motifs en pierre artificielle

Des motifs géométriques ornent les façades, imitant la pierre à moindre coût.

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Arches de brique

De délicates arches surmontent les fenêtres, signature du savoir-faire des maçons.

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Corniches & parapets

Corniches ornées et parapets décoratifs couronnent les immeubles avec fierté.

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Vitraux colorés

Dans les entrées, des vitraux teintés ajoutent une touche d'élégance.

Plex de brique rouge avec entrée en bois et escalier avant à Rosemont Plex de brique surmonté d'une addition contemporaine à toit plat Plex ancien rehaussé d'un étage moderne, façade de brique Plex de brique et de pierre avec jardin fleuri en façade Plex de Rosemont avec clôture et aménagement paysager en façade Plex orné d'un parapet décoratif et d'un escalier en colimaçon

Le trésor caché de Rosemont : les maisons « shoebox »

Mais Rosemont ne se distingue pas seulement par ses plex. Le quartier abrite également un trésor architectural unique : les fameuses maisons « shoebox ». Ces petites maisons unifamiliales à toit plat tirent leur surnom de leur forme rectangulaire qui rappelle une boîte à chaussures.

Construites principalement entre les années 1920 et 1950, cette typologie était particulièrement populaire auprès de la classe ouvrière montréalaise. Pour de nombreuses familles, posséder une shoebox représentait un premier accès à la propriété, un symbole de stabilité et d'ascension sociale. Ce qui étonne souvent les visiteurs, c'est leur taille modeste : derrière leur apparence simple se cachent pourtant des maisons qui ont permis à des générations de Montréalais de bâtir leur avenir.

561
maisons shoebox recensées dans l'arrondissement
1920–50
l'âge d'or de la construction des shoebox
2019
règlement adopté pour les protéger
Maison shoebox de brique à toit plat avec corniche, Rosemont Maison shoebox surmontée d'un parapet décoratif et d'un portique blanc Maison shoebox de brique avec auvent d'entrée en bois Maison shoebox le long d'une rue verdoyante de Rosemont Rangée de maisons shoebox le long d'une ruelle de Rosemont

Le secret de la shoebox : une maison évolutive

À l'époque, ces maisons étaient conçues pour évoluer. Les familles achetaient le terrain, bâtissaient le rez-de-chaussée — la shoebox — avec un toit plat, en se disant qu'avec les années et les économies, elles ajouteraient un deuxième étage pour en faire un plex. Plusieurs sont finalement restées ainsi, figeant dans le temps le rêve d'origine de ces familles ouvrières.

Au fil des années, la pression immobilière a entraîné la disparition de nombreuses shoebox à Montréal. Conscient de leur valeur patrimoniale, l'arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie a entrepris un vaste travail d'inventaire et de protection. Plus de 560 maisons de ce type ont été recensées, et plusieurs bénéficient aujourd'hui d'un encadrement particulier afin de préserver leur caractère architectural. Une protection relativement rare pour des bâtiments aussi modestes — et qui témoigne de leur importance dans l'histoire du quartier.

Une échelle humaine et authentique

Ce qui rend l'architecture de Rosemont particulièrement fascinante, c'est cette coexistence entre densité urbaine et échelle humaine. Les plex permettent d'accueillir plusieurs ménages sur un même terrain tout en conservant une relation directe avec la rue. Les shoebox, quant à elles, rappellent les origines ouvrières du quartier et l'histoire de milliers de familles qui ont participé à son développement.

Aujourd'hui encore, malgré les nouvelles constructions et les projets de densification, ces bâtiments demeurent au cœur de l'identité de Rosemont. Ils racontent une époque où les quartiers se construisaient progressivement, maison par maison, famille par famille — et expliquent pourquoi tant de gens tombent sous le charme du secteur dès leur première visite.

Car au-delà de leur valeur patrimoniale, les plex et les shoebox offrent quelque chose de plus difficile à définir : un sentiment d'authenticité. En levant simplement les yeux vers une façade centenaire ou un escalier de fer forgé, on découvre un morceau de l'histoire de Montréal qui continue de vivre au quotidien.

Le conseil de pro

Johanne Taillon

Johanne Taillon

Courtier immobilier et ex-inspectrice en bâtiment

Diplômée en génie civil et forte de 20 ans en inspection préachat, elle décode la structure, la maçonnerie et le patrimoine bâti des plex de Rosemont. Rencontrer l'équipe →

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